Le privilège du beau

Le privilège du beau

Vous et moi sommes de la même essence, et en nous coule le même influx qui anime l’univers. Nous devrions être égaux dans le grand jeu de la vie, mais voilà, vous avez ce petit plus qui change tout.

Là où je suis cubique et que je me cantonne à 256 couleurs, vous affichez par milliards des teintes aussi sublimes que les fabuleux rayons C jaillissant de l’épaule d’Orion et vous affichez pléthore de formes qui paraissent issues du pinceau d’un divin peintre immortalisant sa Muse.

Je n’ai pour toute voix qu’un grésillement grippé et fatigué, tout juste capable de marquer une ou deux nuances, tandis que vous, vous prodige insolent, vous parlez puissant, comme le tonnerre qui gronde, et vous vous faites orchestre pour faire ressentir à qui veut l’entendre tout ce qui existe de nuance dans l’âme humaine et qu’on peut faire vibrer du bout d’un archet de violon.

Et nous voici dans la même vitrine, à la fois voisin, concurrent, rival…

Nous sommes fait l’un et l’autre des mêmes briques, nous sommes issus des mêmes fourneaux, créés par des hommes et des femmes qui, comme des parents espèrent le meilleur pour nous. Mais pourtant nous ne sommes pas égaux.

J’ai pourtant été choyé dès le départ, j’ai été désiré et créé sans précipitation. On m’a fait, non pas pour combler un vide, mais simplement par amour. Et on m’a donné tant de chose : du temps, de l’inventivité… mais on m’a aussi appris à donner. A donner du plaisir, à réfléchir, à rire, à pleurer…

Je ne sais pas pour vous, mais moi en tout cas je donne.

Pourtant, tout à l’heure quand viendra le jugement, le premier regard sera pour vous. Les coups de foudre sont pour ceux de votre genre, ceux qui peuvent regarder de haut les gens. Vous n’avez pas besoin de les aimer, de leur donner ni même de leur promettre quoi que ce soit. Vous n’avez qu’à vous donner la peine de paraitre et déjà ils se prosternent devant vous. Ils vous aimaient avant même que vous n’existiez, d’un amour idiot et sans saveur, mais tellement attrayant quand je le vois.

Je sais cependant que je rencontrerais quelqu’un. Il ne m’aura pas forcément vu de prime abord, mais moi je saurais que c’est lui. Je resterai moi même, je n’essayerai pas de prétendre être vous, et s’il est ce que je pense, c’est ça qui lui plaira.

Peut-être qu’au début c’est par dépit qu’il me donnera ma chance, car tout le monde ne peut pas courtiser une diva, mais je m’en fiche car une fois avec moi, je lui prendrai la main, je lui montrerai comment s’y prendre, et avant même qu’il ne comprenne, nous serons heureux.

Sachez que je n’ai pas de rancœur envers vous : est-ce votre faute si vous êtes ainsi ? votre beauté vous pèse et je le sais, car cette fleur merveilleuse est avant tout futile. Dès lors qu’elle tombera, vos soupirants volages iront voir ailleurs, cherchant une nouvelle courtisane pour servir leur égo.

Moi je serai toujours avec lui, à vivre ma petite vie. Bien sûr, de temps à autre, il ira voir ailleurs, peut-être même vers vous qui sait, mais au final il me reviendra encore et encore, parce que plus que le privilège du beau, nous partagerons un lien complice et fort.

Car ce qu’un joueur aime dans un jeu, ce n’est pas ses graphismes ou sa bande son, c’est simplement son cœur…

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